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roman

Une évidence, Agnès Martin-Lugand

20 Octobre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

   Cela faisait très longtemps que je n'avais pas pleuré en lisant un roman.

   Alors, est-ce dû aux images de Saint-Malo que Agnès Martin-Lugand égrenne tout au long de Une évidence  - du Grand Bé, à l'île de Cézembre, en passant par la tour Solidor, la plage du Sillon, et la piscine d'eau de mer, ou, est-ce dû au profil des personnages auxquels on s'identifie facilement ou on identifie ses amis et connaissances ? Reine, mère qui voit s'éloigner doucement mais surement son adolescent. Noë, son fils, auquel les adultes cachent son histoire. Pacôme, l'aventurier solitaire. Paul, l'ami toujours à l'écoute.

   Un bon moment de lecture, de détente. Un livre aux allures de développement personnel qu'on a du mal à lâcher.

   "L'entrepôt fourmillait d'activité : des allées et venues presque incessantes, des palettes passaient, repassaient, entraient, sortaient, entraînant dans leur sillage des arômes tous plus puissants les uns que les autres. Cet entrepôt se révélait aussi un lieu de vie. Un authentique comptoir tout droit surgi du passé."

   "Je n'aurais pas dû me laisser aller avec Pacôme, je n'aurais pas dû m'autoriser à être déjà et totalement amoureuse de lui. Sauf qu'il m'éloignait de mes déchirures passées et à venir. J'engrangeais des respirations, des bouffées d'air auxquelles je pourrais me raccrocher dans quelques temps. Je n'étais pas assez courageuse pour y renoncer. Je ne l'avais jamais été, sinon je n'en serais pas là aujourd'hui. A quoi bon m'épuiser à essayer de changer maintenant ? J'irais au bout de mon processus d'autodestruction."

    "Est-ce que cela se passait de cette façon pour chaque mère ? Est-ce qu'un beau matin, on se réveille, on voit son enfant et on réalise qu'à partir de maintenant, c'est d'égal à égal, d'adulte à adulte ? On réalise qu'on a perdu son bébé, même si au fond de notre coeur, il le reste jusqu'à la fin de nos jours, simplement on n'a plus le droit de le lui dire, de lui en faire la démonstration, sous peine de le vexer, sous peine qu'il revendique plus fort son indépendance."

Du même auteur

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2018/03/desolee-je-suis-attendue-agnes-martin-lugand.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2016/10/les-gens-heureux-lisent-et-boivent-du-cafe-agnes-martin-lugand.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2017/05/la-vie-est-facile-ne-t-inquiete-pas-agnes-martin-lugand.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2018/07/j-ai-toujours-cette-musique-dans-la-tete-agnes-martin-lugand.html

 

 

 

 

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La nuit de feu, Eric-Emmanuel Schmitt

15 Octobre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Développement personnel, #Roman

   Faut-il traverser le désert, traverser son désert, pour trouver la foi ?

   A l'instar de Pascal dans Mémorial, Eric-Emmanuel Schmitt raconte sa nuit de feu, celle qui l'a changé quand il avait 28 ans et qui a fait de lui un autre homme. Un roman autobiographique, intime, qui nous fait découvrir les paysages grandioses de l'Atakor et du Tahat, montagnes du Hoggar en Algérie, en compagnie du Touareg Abayghur, sur les traces de Charles de Foucauld, officier, prêtre et ermite du XIXe siècle.  Et à l'instar de Pascal, Eric-Emmanuel Schmitt convient qu'on ne peut prouver l'existence de Dieu par la raison, que les preuves raisonnées par la finalité - l'univers a un sens, le consensus universel - les hommes ont toujours cru en Dieu, la cosmologie - l'origine de l'univers, l'ontologie - Dieu existe par définition puisqu'il a toutes les qualités donc celle d'être, sont toutes réfutables.

   C'est le premier roman que je lis de cet auteur ; je suis conquise ... et émerveillée !  

   Avant de partager quelques extraits, voici une seconde lecture de La nuit de feu par Clarisse.

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2019/01/la-nuit-de-feu-eric-emmanuel-schmitt.html

   "Nichée au milieu d'une ruelle où les bâtisses se ressemblaient autant que les alvéoles d'une ruche, cette basse demeure de glaise ne proposait que deux pièces exigües, la cuisine et la salle commune. Je ne vis pas le réduit, occulté par un rideau en coton, où l'épouse et les filles de Moussa préparaient le repas ; en revanche je passai la soirée dans la cellule vide, d'une propreté rigoureuse qui se transformait chaque nuit en chambre pour la famille au complet. En contraste avec l'austère absence de meubles, de bibelots ou d'images, le couscous m'apparut fastueux, coloré, ses viandes et ses légumes posés tels des bijoux sur un coussin de semoule. Quant au thé à la menthe, il me fit davantage d'effet qu'un grand cru : sucré, musqué, épicé, il déployait en ma bouche une farandole de goûts, tantôt exotiques, tantôt familiers, tantôt envahissants, au point d'en avoir la tête qui chavire."

   "Il ne s'agissait ni d'un coup de foudre amoureux, ni d'un coup de foudre amical, mais d'un coup de foudre ... comment dire ... humain. J'adorai aussitôt la civilisation que cet homme incarnait, j'adorai l'Histoire que sa prestance racontait, j'adorai son insolente tranquillité, le sourire dont il nous régalait, un sourire empreint d'accueil et de sérénité, un sourire qui nous promettait des moments envoûtants."

   "Avais-je régressé depuis ce ravissement à l'âge de cinq ans ? En tous cas, j'avais souvent vécu sans m'en apercevoir, confondant la suractivité et le bonheur d'être. Oui, je m'étais davantage agité que réjoui. Je m'étais encombré de problèmes en négligeant de savourer un simple trésor, vivre."

   "Sur terre ce ne sont pas les occasions de s'émerveiller qui manquent, mais les émerveillés."

   "Je vois ce que tu évoques : une polémique concernant le droit d'auteur. L'homme crée-t-il du sens, ou un autre créateur, Dieu, le précède-t-il ? L'intelligence que l'homme traque dans l'univers vient-elle de lui ? Ou bien serait-elle générée par Dieu ? Selon les penseurs d'aujourd'hui, l'homme, esseulé, sans référent, unique producteur de raison, s'instaure "gardien du sens" au milieu d'un monde absurde." 

   "Aux éblouissements horizontaux succédaient les éblouissements verticaux. À chaque instant surgissaient de nouvelles cimes, d'autres pierriers, d'autres ravins."

   "Dieu, je L'ai atteint par le coeur. Ou Il a atteint mon coeur. Là, en moi, s'est creusé un corridor entre deux mondes., le nôtre et le Sien. J'ai la clé, le chemin. Nous ne nous quitterons plus. Quel bonheur qu'Il existe ! Joie ! Par ma foi toute neuve, je l'éprouve d'une façon puissante. Que m'a-t-Il enseigné ? "Tout a un sens. Tout est justifié." Je me réchauffe à cette phrase qui transcrit correctement tout ce que j'ai recueilli. "Tout a un sens. Tout est justifié." "   

Et d'autres romans du même auteur

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2020/11/oscar-et-la-dame-rose-eric-emmanuel-schmitt.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2021/01/les-dix-enfants-que-madame-ming-n-a-jamais-eus.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2021/05/odette-toulemonde-et-autres-histoires-eric-emmanuel-schmitt.html

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Dans l'or du temps, Claudie Gallay

10 Octobre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

    C'est toujours un plaisir de retrouver Claudie Gallay. J'aime cette auteur, avec laquelle on voyage dans l'espace et dans le temps, ici Dans l'or du temps

   Un été, la Normandie. Un homme et une femme se rencontrent. Une femme se raconte, un homme se tait.  Il passe de plus en plus de temps avec elle, délaisse sa propre femme et ses filles pour elle, Alice, une vieille dame. Alice n'a encore jamais partagé ses secrets comme elle s'apprête à le faire avec cet inconnu qui pourrait être son fils. Un développement qui se tend vers une fin dramatique imprévisible pour l'homme venu découvrir les coutumes des indiens Hopi sur les traces d'André Breton.

"-Là-bas, à droite de l'autel, il y a un vitrail de Braque, L'Arbre de Jessé. Allez le voir. - Jessé ? - Le père de David. Le premier de la grande lignée des rois ... Jésus de Nazareth, vous en avez entendu parler quand même ? Eh bien, c'est son arbre généalogique... Vous avez de la chance, la lumière est belle.

J'ai remonté la nef. Dans cette église (Saint-Valéry à Varengeville-sur-Mer 76) qui ressemblait à un bateau. L'Arbre de Jessé. Les tons bleus. Et entre ces différents bleus, le noir du plomb. La lumière traversait le verre. Les couleurs vibrantes, comme vivantes. Je suis resté un long moment à le regarder. Le suis revenu en longeant les traverses. Le chemin de croix contre le mur. "

   "Elle a pointé du doigt une tombe parmi les autres. - La tombe de Braque. Une large stèle recouverte d'une mosaïque bleue, un oiseau magnifique aux ailes grandes ouvertes.  - "Ce qui est entre la pomme et l'assiette se peint aussi. Et ma foi, il me paraît aussi difficile de peindre l'entre-deux que la chose." Alice à souri. - C'est de lui, et tellement juste n'est-ce pas? Braque est mort la même année qu'André Breton ... Non, Breton n'est pas mort en 63, il est mort plus tard, en 66. Je me souviens, Giacometti est mort aussi cette année-là. Je me suis toujours promis d'aller voir le cimetière des Batignolles. Il faudrait que j'y songe. Il a fait graver une épitaphe sur sa tombe : Je cherche l'or du temps. "

   "Près de nous, les kachinas. leur présence silencieuse. Monde insondable. Ces statues, comme des gardiens. Mais qu'avaient-ils à protéger ? Cette maison ? Ou alors cette chose qu'ils devaient garder était contenue en eux, masse de secrets obscurs, des croyances vives dans le coeur de quelques hommes. J'ai dit cela, on dirait qu'ils gardent. Elle a dit, C'est dans la maison de Talayesva que nous avons rencontré le jeune Indien qui nous a vendu ces trois kachinas."

   "Après, on est retournés sur la plage et on a attendu que le soleil se couche. On voulait voir le rayon vert. Il y avait de la brume. J'ai dit, On ne le verra pas, mais on a attendu quand même. le rayon ne s'est pas fait mais les filles ont dit qu'elles l'avaient vu, Juré craché ! C'était seulement le soleil qui se couchait. A la place, on a regardé les étoiles, la lune et les reflets de la lune sur l'eau. C'était beau. Il faisait doux.J'ai pris la main d'Anna. Les filles ont voulu rapporter des cailloux et on est retourné sur la plage pour choisir les plus beaux."

   "Sans doute le bonheur était encore possible. Anna s'est retournée.  Elle a dit, C'est quand même bien l'été, c'est un peu comme à Saint-Malo dans les films de Rohmer. - C'est à Dinard, Rohmer, j'ai répondu."

   "Elle s'est tue comme si elle réfléchissait, si elle doutait encore du bien-fondé de cette chose qu'elle s'apprêtait à me dire. - Breton était fasciné par l'enfance. C'est peut-être l'enfance qui approche le plus de la vraie vie."

   "Une femme que Breton voit pour la première fois. Qui a eu l'idée de les mettre en présence l'un de l'autre ? Breton est subjugué par ce visage secret. Souffrant. Elisa vient de perdre un enfant. Sa fille. Elle a failli mourir de cette perte-là. Alors cette rencontre. Breton la regarde. Et elle, comment le regarde-t-elle la première fois ? Il sait tout de suite. Sans doute le sait-elle aussi. Un amour en apaisera un autre. Et déjà dans la tête du poète les mots prennent forme. Un amour fou ne se remplace pas, Ne s'efface pas, Ne s'oublie pas. Un amour fou ne meurt jamais, Un autre amour fou lui succède, C'est tout. Et nous sommes faits de tous ces amours fous, De leur coexistence, de leurs strates, On aura beau creuser en nous, on ne trouvera jamais que de l'amour fou."

   "Et comment lui, son père, avait-il pu ne rien comprendre ? Elle avait dix-sept ans. J'ai pensé aux filles. Au silence qui musèle les femmes."

   "Les chefs spirituels des Hopi ont un savoir que nous n'avons pas. Ils ont reconnu dans les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki la réalisation de leurs prophéties antiques. Le premier monde a été détruit par le feu dévastateur qui vient du ciel et de la terre. Deuxième prophétie : le deuxième monde a pris fin quand le globe terrestre a dévié de son axe et que tout fut recouvert de glace. Troisième prophétie : Le troisième monde a été anéanti par un déluge universel. Pour eux, le monde actuel est le quatrième monde." 

   "J'ai senti un papier sous mes doigts. J'ai pensé que c'était le poème de Simon J. Ortiz. Je l'ai sorti. C'était une feuille de cahier, pliée en quatre. À l'intérieur, une écriture large, appuyée au feutre. L'écriture d'Alice : J'espère que vous vous rapprocherez de temps en temps de la lumière ténue des lucioles."  

Autres livres de l'auteur

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2018/01/les-deferlantes-claudie-gallay.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2019/04/l-amour-est-une-ile-claudie-gallay.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2017/02/seule-venise-claudie-gallay.html

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Le lac, Yasunari Kawabata

1 Octobre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

   C'est un court roman glauque, dérangeant. Peu de pages, mais j'ai peiné à aller jusqu'au bout. Une de mes amies qui le relisait en même temps m'a confié avoir ressenti les mêmes sentiments.  J'ai poursuivi pourtant, à la recherche de la poésie japonaise, ou parce c'est Kawabata, à moins que cela tienne à l'histoire finalement ?

   Gimpei est professeur. Il aime suivre les jeunes filles à la peau blanche dont il recherche la beauté. Peut-être à cause de ses pieds immondes ? Il va séduire une de ses élèves. 

   "En contrebas de l'endroit où ils étaient assis, une partie de l'étang avait été comblée, et aménagée en terrain d'entraînement pour les joueurs de golf. Dans la direction opposée, il y avait des ginkgos qui bordaient la route, et le noir des troncs se détachait sur le vert printanier des feuillages. Une brume rose estompait peu à peu le ciel du soir. Machié caressait le chien, demeuré sur les genoux de Mizuno. [...] Machié ne souffla mot de sa rencontre avec Gimpei. Elle ne considérait même pas avoir été accostée par un individu bizarre. Elle l'avait déjà oublié, à vrai dire. Son attention, pourtant, se fût-elle portée de ce côté, elle eût pu apercevoir Gimpei couché dans l'herbe. Mais même alors elle ne se serait sans doute pas rendue compte qu'il s'agissait du même homme. Gimpei, en revanche, ne pouvait s'empêcher d'épier les deux jeunes gens. Couché à plat sur le dos, il sentait la froideur le pénétrer. [...] Plus qu'il ne l'enviait, il haïssait le spectacle de leur bonheur."   

 

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Quelqu'un pour qui trembler, Gilles Legardinier

17 Septembre 2020 , Rédigé par Erik Publié dans #Roman

   Thomas, médecin, a quitté la France dès son diplôme en poche pour partir en Inde s’occuper de nécessiteux. Il a passé toute sa vie dans un village dont il est devenu un membre à part entière et y a de nombreux amis. Il apprend 17 ans après son départ que la compagne qu’il a quittée en partant pour l’Inde a eu une fille. Il décide de rentrer en France pour découvrir cet enfant. Pour ce faire, il devient le directeur d’un petit centre de retraite dans la même ville qu’habite sa fille. Il va devoir réapprendre la vie en France, être un vrai directeur de centre et s’occuper de cette poignée de retraités plus dingues les uns que les autres, trouver des stratagèmes pour apprendre à connaître sa fille.

   Gilles Legardinier a une plume simple et efficace. Ce roman est non-seulement plein d’humanité mais aussi bourré d’humour. Ce roman est dans la grande lignée du style de Legardinier. Nous raconter de belles histoires tout en nous faisant rigoler. Il est vraiment très fort.    

   Et pour une autre lecture du même ouvrage, suivez le lien : http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2016/10/quelqu-un-pour-qui-trembler-gilles-legardinier.html

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La diagonale du vide, Pierre Péju

14 Septembre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

   Voici une révélation. Je découvre Pierre Péju et son style poétique et émouvant.

   Marc Travenne vient de perdre son associé et meilleur ami. Il va embarquer pour un nouveau voyage d'affaires. Et puis, non. Il se retourne et décide de tout laisser tomber. S'en suit une quête d'identité sur la diagonale du vide, cette diagonale de la France des coins paumés et beaux, même en hiver. Marc croise Marion dans une auberge de randonneurs. Elle s'en va, après quelques heures partagées sur la route, pour suivre sa diagonale à elle. Il la laisse s'éloigner puis le lendemain part à sa recherche. 

    Une rencontre improbable, une histoire rebondissante, haletante, qui mène jusqu'à la vallée afghane de Bamiyan et ses Bouddhas. 

   J'ai déjà hâte de lire mon prochain Pierre Péju.

Quelques extraits :

   "Je me souviens, cette année-là, au milieu de l'hiver, debout derrière la baie vitrée de la salle d'embarquement, les yeux noyés dans une aurore verte et rose où un avion décollait toutes les minutes, j'ai décidé de tout arrêter."

   "Le premier jour, je n'ai fait que contempler la fenêtre de ma chambre, rectangle blanc, couvert de buée, auquel je pouvais substituer, d'un mouvement tournant de la main dans l'humidité ruisselante, une aquarelle abstraite composée de plusieurs gris bleutés, de verts éteints, de bruns, de roux et de jaune paille que le givre décolorait encore. A force de le fixer, j'y découvrais d'autres scènes :  patineurs sur un lac gelé, voyageurs approchant d'une ville sous un ciel menaçant. Je voyais des rois, des lions, des suppliciés. Un tableau toujours changeant qui me comblait. Fenêtre magique."

  " "Vous dîtes que vous attendez quelqu'un... Ce n'est pas toujours facile d'attendre, n'est-ce pas? On ne sait jamais très bien qui on attend, ni ce qu'on attend. On ne sait surtout pas qui va arriver ! Ni, bien sûr, ce qui va arriver ! Mais bon ..."

   "L'amour, l'école, et un endroit sur la terre. J'en étais certain. Les vitres et les salles de classe reflétaient une ancienne lumière. J'ai pensé très fort qu'une aventure de ce genre avait eu lieu, ici. Deux êtres qui se rencontrent, se découvrent, se conviennent et s'aiment. Deux êtres qui adhèrent pleinement à ce qui leur arrive. La magie du moment voulu. L'inverse des occasions manquées."

   "Brutalement, l'hiver a pris fin. On a souvent l'impression, à partir de petites sensations - soirées plus fraîches, fruits trop mûrs, ombres plus bleues, premières feuilles brunes arrachées par le vent qui se recroquevillent dans les angles morts -, que l'été, à peine commencé, est déjà en train de finir. Mais, à l'inverse, il semble généralement que l'hiver ne finira jamais, qu'on est définitivement cerné par l'humidité glacée, engoncé dans des épaisseurs de laine, voué aux nuits interminables, aux journées trop courtes, à une pénible et fatale frilosité du corps et de l'âme."   

   " "Passer à l'écart, se manquer de peu, partir sur un coup de tête, s'en remettre aux rencontres : les petites briques du destin. "

   "Je me souviens, un soir, vers la fin de l'été, l'obscurité ne parvenant pas à triompher de cette lueur indéfiniment déclinante qui faisait se succéder toutes les nuances de rose, mauve, bleu au-dessus des collines proches et lointaines déjà noyées dans le noir, Marion, venant du jardin, a remonté les marches du perron, avec lenteur, hésitation et peut-être regret, comme un élève qui, le dernier jour de classe de la dernière année d'école, ressent, derrière sa joie d'en avoir fini, un petit pincement de nostalgie tandis que son regard s'attarde sur des détails auxquels il n'avait jamais prêté attention."  

    

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On regrettera plus tard, Agnès Ledig

10 Septembre 2020 , Rédigé par Erik Publié dans #Roman

    Nuit d’orage dantesque, Valentine bien à l’abri chez elle en montagne entend des coups frappés à sa porte. Lorsqu’elle ouvre, elle trouve un homme trempé avec dans ses bras une fillette endormie brûlante de fièvre. Elle accepte de les accueillir et de les loger le temps que tout cela s’améliore. Valentine est institutrice dans le village voisin. L’homme trempé a quitté la société de consommation après la mort de sa femme pour partir sur les routes dans une roulotte avec sa fille. Rencontre de deux mondes, de deux êtres. Une histoire simple ancrée dans la vraie vie.

   Ca se lit facilement et rapidement. Parfait pour passer 2 heures en train.

Et une autre lecture du même ouvrage sur le blog :

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2018/02/on-regrettera-plus-tard-agnes-ledig.html

ainsi que la suite :

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2018/09/de-tes-nouvelles-agnes-ledig.html

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La Mer à l'envers, Marie Darrieussecq

31 Août 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

    Un sujet éminemment d'actualité, traité avec humanité, vérité et optimisme.

   Rose rencontre Younès en croisière. Elle est tout de suite attirée par ce garçon en situation de survie. Elle aimerait l'aider, le fait du bout des doigts, du bout des lèvres, du bout du coeur. Par peur du qu'en dira-t-on sans doute, peur de la réaction de sa famille, peur d'elle-même peut-être ?   

   Et nous, que ferions-nous si nous venions à rencontrer un naufragé clandestin? Traverserions-nous les mêmes courants que Rose ? 

   "Oui, c'était la solution, le but, tout provisoire qu'il fût : regarder la mer." 

   "La fille a un sourire ironique, détaché, elle est super-belle. Pourquoi ne pas leur accorder à eux aussi ce trouble qui la tient ? Ce malaise qu'en dessous les pauvres, au-dessus les riches. Mais quoi. Rien de neuf. La petite fille aux allumettes est morte de faim et de froid sous les fenêtres des festins. D'ailleurs il y a un groupe de migrants, ou comment dit-on, de réfugiés, sur la terrasse à quelques mètres des fêtards. Une très légère porosité entre les deux niveaux. Ils boivent des bières et restent entre eux. Deux vigiles de la même couleur veillent. A cinq euros le gobelet de bière, de toute façon la surveillance est vite faite."

   "C'est le monde qui aurait dû changer, pas ta vie. Voilà ce que songe Rose qui a rendez-vous avec Younès sous le pont de Brixton à Londres. Le pont de Brixton à Londres, elle a le temps de bien le contempler, est un viaduc au-dessus de la station de métro Brixton. Il est mangé par les plantes, la rouille et les graffitis, mais on peut l'imaginer toujours debout dans une ville post-humaine : passerelle disproportionnée pour ce qui restera d'insectes et de rampants, sous un soleil allant au bout de son devenir d'étoile, brûlant son dernier oxygène puis, au terme de milliards d'années anciennement humaines, dévorant ses ultimes réserves d'hélium, dans une dépense débridée, un feu d'artifice de junkie de l'espace, un baroud d'honneur intergalactique, sans sujet, sans personne, bouffant tout, absorbant Mercure et Vénus et la Terre, roulant des flammes inouïes, tournoyant dans sa propre gabegie de star, révolutionnant sa propre destruction, géante rouge puis naine blanche, noyau effondré sur lui-même expulsant sa dernière matière dans un carnaval multicolore".

   "Ils sont dans leur grand lit. Ils sont à l'abri. La vie va continuer. Le vent du Sud appuie doucement sur la maison. Rose s'est endormie aux côtés de son homme. Et au matin, la terrasse, face aux Pyrénées, est couverte d'un voile rouge de sable du Sahara."

   Une autre proposition de Maie Darrieusecq

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2019/04/il-faut-beaucoup-aimer-les-hommes-marie-darrieussecq.html

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Les chats de hasard, Anny Duperey

27 Août 2020 , Rédigé par Cécile Publié dans #Roman

    C'est un roman tout doux, doux comme un chat, écrit par la comédienne Anny Duperey pour nous raconter l'indispensable présence des chats dans sa vie. Une présence discrète, constante et fidèle, une présence qui lui a été nécessaire pour surmonter des moments douloureux. Elle nous parle avec une très grande sensibilité de la sérénité dégagée par le chat et son pouvoir d'apaisement sur l'être humain. D'un chat à l'autre, elle observe leur comportement, leur proximité physique et mentale avec elle et sa famille. Elle nous raconte de très belles rencontres avec ses chats, petit chat perdu, chat vagabond de la campagne... Des chats qui se sont approchés d'elle pour qu'ils se choisissent l'un l'autre, comme une belle histoire d'amour. C'est çà ! Une vie avec un chat, est une histoire d'amour à chaque vie. Si vous aimez les animaux et les chats en particulier, vous allez adorer ce livre !

Comme elle l'écrit : "C'est une envie de rendre hommage à ces personnes animales rares qui accompagnent parfois un temps notre existence et y apportent paix et simplicité."

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Un monde à portée de main, Maylis de Kerangal

23 Août 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

   Maylis de Kerangal nous propose un nouveau sujet original comme elle en a l'habitude. Nous suivons les études de Paula, Jonas et Kate rue du Métal à Bruxelles. Ils deviennent faussaires, mais pas n'importe quels faussaires : des peintres qui vont apprendre à copier la nature de manière exacte. Six mois de travail acharné pour pouvoir réaliser une forêt en trompe l'oeil ou un portor. Après ces six mois initiatiques Paula sera prête à décorer une chambre d'enfant d'un ciel bleu pastel, un hall d'entrée d'une luxueux immeuble appartenant à un émir du Golfe, des décors de cinéma en Italie ou même une réplique de la grotte de Lascaux.

   J'ai pris plaisir à retrouver le style précis et incisif de Maylis de Kerangal, le rythme particulier de ses phrases aux juxtapositions dynamiques. J'ai aimé découvrir un métier inconnu pour moi et visiter des lieux emblématiques.

   "Parler un peu de la rue du Métal maintenant. Revoir Paula qui se présente devant le numéro 30 bis ce jour de septembre 2007 et recule sur le trottoir pour lever les yeux vers la façade - c'est un moment important. Ce qui se tient là dans cette rue de Bruxelles au bas du quartier Saint-Gilles, rue quelconque, rue insignifiante, rue reprisée comme un vieux bas de laine, est une maison de conte : cramoisie, vénérable, à la fois fantastique et repliée. Et déjà, pense Paula qui a mal aux cervicales à force de renverser la tête en arrière, déjà c'est une maison de peinture, une maison dont la façade semble avoir été prélevée dans le tableau d'un maître flamand : brique bourgeoise, pignons à gradins, riches ferrures aux fenêtres, porte monumentale, judas grillagé, et puis cette glycine qui ceint l'édifice telle une parure de hanches. Alors exactement comme si elle entrait dans un conte, exactement comme si elle était elle-même un personnage de conte, Paula tire la chevillette, la cloche émet un tintement fêlé, la porte s'ouvre, et la jeune-fille pénètre dans l'Institut de peinture ; elle disparaît dans le décor."

   "Apprendre à imiter le bois, c'est "faire histoire avec la forêt" - la dame au col roulé noir dit aussi "établir une relation", "entrer en rapport" - et Paula fait longtemps tourner cette phrase dans sa tête, pour qu'elle décante. Elle attend. Une vie végétale frémit dans l'atelier, qui se prolonge sur les panneaux, prolifère sur les palettes où les couleurs nuancent les jaunes, dégradent les bruns, hébergent un peu de rouge pour les acajous et ce noir absolu que l'on trouve au coeur des ébènes les plus purs. Les arbres se fendent, leurs bois révèlent des aubiers clairs, des duramens toujours plus sombres, enseignent un répertoire de formes, un entrelacement de fils droits, ondulés ou spiralés, un semis de pores et de loupes qui chiffrent un monde à portée de main."

   "où l'attend Anna Karénine. [...] un texte dont elle capte immédiatement la nature de palais, l'extérieur solide, l'intérieur immense et minutieux, si parfaitement créé qu'il lui semble être advenu d'un seul bloc, issu d'un puissant sortilège ; elle tourne lentement les pages, perd parfois le fil, remonte le paragraphe à contre-courant jusqu'à l'endroit du texte où elle a lâché la corde, puis replonge et se réinsère, médusée par le façonnage progressif de l'amour, taillé éclat par éclat tel un biface du paléolithique, jusqu'à devenir tranchant comme une lame et capable de fendre un coeur en silence, jusqu'à devenir ce grain de poussière pléochroïque, ce fragment minéral qui change de couleur selon l'angle par lequel on le regarde, à jamais énigmatique et finit par rendre fou."

   D'autres romans de Maylis de Kerangal et quelques mots sur l'auteur 

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2016/10/maylis-de-kerangal.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2019/09/kiruna-maylis-de-kerangal.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2016/10/naissance-d-un-pont.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2016/11/reparer-les-vivants-maylis-de-kerangal.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2016/10/dans-les-rapides-maylis-de-kerangal.html

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