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roman

Anna Karénine, Léon Tolstoï

6 Janvier 2021 , Rédigé par Alizé Publié dans #Roman

   Ce roman russe écrit il y a 150 ans révèle une influence française étonnante, une certaine modernité pour l'époque, mais peut-être une tendance à une perte d'identité ?
 L'histoire se déroule entre Moscou, St-Pétersbourg et la campagne russe.
   Une histoire de vies croisées sur fond d'adultère pour nous questionner sur l'amour, la liberté, mais surtout sur ce que nous sommes.
 Comment une femme russe peut-elle s'émanciper à la fin du XIXè siècle ? Le peut-elle réellement ?
  Comment construire sa vie en n'ayant que l'amour comme but ? Est-ce possible ?
   Gagner le coeur de celui qu'on aime mène-t-il au bonheur ? Et d'où vient cette jalousie qui ronge les âmes ?
   Qu'est-ce qui fait le bonheur, qu'on soit homme ou femme ?
   Deux personnages clés pour développer ces thèmes : Anna Karénine et Lévine.

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Le tailleur de Panama, John Le Carré

14 Décembre 2020 , Rédigé par Cécile Publié dans #Roman

   Le grand maître du roman d'espionnage vient de tirer sa révérence à 89 ans. Il est mort dans son cher pays, l'Angleterre.

   On connaît bien John Le Carré pour ses formidables romans où les espions évoluent entre un club londonien et des capitales d'Europe centrale ou la Russie. Il nous a régalé de situations complexes, avec retournements d'agents fidèles, évasions incroyables par des circuits compliqués et longues stratégies élaborées pour démasquer des agents infiltrés.

   Le Tailleur de Panama est un roman d'espionnage bien sûr mais qui se situe sous les Tropiques. Il nous présente Harry, le plus distingué des couturiers de la ville, habillant la meilleure société du pays. Harry est un jour contacté par un jeune espion anglais sans scrupules qui cherche un informateur. Alors, notre tailleur au boniment bien rodé se prend au jeu , et progressivement il va passer son temps à lui raconter des bobards incroyables. Petites informations au début, puis élucubrations complètes dégénérant en délire total. Evidemment, il va en résulter des situations politiques inédites , nées de sa grande imagination, mais qui peuvent déclencher des crises diplomatiques.

   C'est un roman très drôle : la vie d'un espion quand tout dérape...

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Le songe de Goya, Aurore Guitry

5 Décembre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

   Voici un roman très original. Aurore Guitry nous conte un songe ou plutôt un cauchemar, celui du peintre espagnol Francisco de Goya, qui durera plusieurs mois, de décembre 1792 à mars 1793. 

   Goya, terrassé par une attaque, est accueilli par une vieille paysanne aux Mallos, petit village de l'Aragon ... à moins que ce ne soit à Cadix chez l'un de ses amis. 

   A Mallos une fête se prépare, Goya va peindre et danser pour les morts. A Cadix on va brûler Pelele lors du carnaval. 

   Une histoire fascinante inspirée par Los Caprichos, les Caprices, une série de quatre-vingt gravures, les quarante premières satiriques et critiques de la société espagnole, les quarante autres fantastiques et absurdes mettant en scène des êtres étranges issus de visions délirantes ... Le songe de Goya. 

 "La cour est prête à l'entendre. Dorénavant, il peindra aussi pour lui. La rumeur de sa guérison se répand dans Madrid et les commandes affluent. Tous les grands veulent leur portraits. Le jour, il croque leur visage. La nuit, il dessine les Mallos : Rosario, les moines, la Bruja et son cortège de fous qui bourdonnent autour de lui. Il les voit remplir les ombres sur les murs de son atelier. Ils lui réclament une fête qui durera toujours. Et Goya, qui se languit de ses délires, travaille à la leur offrir." 

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L'Ange Vengeur, Luis Sépulveda

1 Décembre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

    Une courte nouvelle de Luis Sepulveda. Tout comme le narrateur on se demande où l'on est, où l'on va ... et puis cette histoire nous reste en tête pour longtemps : Luis Sepulveda profite d'une intrigue policière en première lecture pour nous inciter à réfléchir aux dérives d'un régime totalitaire. Edifiant !

   "Meier avait l'air agressif et j'avais peur pour mes os. Je n'aimais pas du tout être assis là, avec la certitude de vivre un temps volé qui ne m'appartenait pas, totalement étranger à celui auquel nos vies quotidiennes donnent un sens et qui, lui, nous appartenait vraiment."

   "Les flics sont très incrédules, surtout en face des tristes vérités d'un type dont l'unique aspiration est de vivre tranquille aux pauvres perspectives du présent, car le passé et toute sa splendeur est resté définitivement derrière lui et que l'avenir ressemble aux paris sur les courses de chevaux où tout dépend du vent, du terrain, de la boue, et plus que tout des joueurs qui parient gros. Il n'y a pas de vainqueurs naturels, mais des premières places décidées dans l'ombre. Les courses de chevaux sont truquées comme la vie, et il ne nous reste plus qu'à danser sur la musique de ceux qui paient l'orchestre."

Et pour continuer la lecture de Sepulveda

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2018/08/le-vieux-qui-lisait-des-romans-d-amour-luis-sepulveda.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2020/04/le-vieux-qui-lisait-des-romans-d-amour-luis-sepulveda.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2017/08/l-ombre-de-ce-que-nous-avons-ete-luis-sepulveda.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2020/04/mort-du-grand-conteur-chilien-luis-sepulveda.html

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Les imprudents, Olivier Bertrand

28 Novembre 2020 , Rédigé par Alizé Publié dans #Roman

   Le 3 mars 1944, les quinze habitants d'un tout petit hameau nommé Les Crottes, près de Labastide-de-Virac, au fin fond de l'Ardèche, mourraient sous les tirs des Allemands.

   Seize corps allaient être découverts.
   Qui était l'inconnu des Crottes?

   Olivier Bertrand part à sa recherche, comme en quête de l'impossible.

   Livre poignant.

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Des oies presque blanches, Sarah Castillo Palayer

12 Novembre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

   Sarah Castillo Palayer nous amène cette fois-ci en Norvège, en vacances pour une compétition de marche nordique dans les Lofoten, avec quatre amies de longue date, quatre femmes quinquagénaires à un carrefour de leur vie. Ce voyage de Tromso à Henningsvaer va permettre à Hélène, Sylvie, Nadine et Patricia d'encore mieux se connaître.
Des rires, des pleurs, des papotages, des rencontres, des révélations, des bouleversements.
Un livre détente, léger et profond en même temps, sur l'amitié qui dure malgré les épreuves, les difficultés de la vie, les incompréhensions parfois. Un livre aussi sur les plaisirs simple de la vie.
Merci Sarah Castillo Palayer pour ce joli dépaysement
Et à tous les voyageurs en Norvège attention de ne pas manquer votre connexion à cause du changement à Oslo entre terminal international et national, surprise que j'ai vécue tout comme les héroïnes de Des Oies presque blanches, pour ma part pour avoir tranquillement déjeuné et bouquiné du mauvais côté !

   "Après cinq minutes d’échanges pittoresques, Hélène percuta enfin ce que le charmant Norvégien tentait de lui expliquer : elles étaient en zone internationale. Elles avaient été tellement stressées par le peu de temps alloué entre les deux vols, qu’elles avaient foncé tête baissée vers la première zone d’embarquement sans même lire les indications. Désireux de leur venir en aide, il les aiguilla sur le parcours le plus rapide pour atteindre le terminal des vols nationaux. Lorsqu’elles aperçurent la file d’attente pour les contrôles avant l’accès en zone d’embarquement, elles furent au bord de la crise de nerf."

De la même auteur

 

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2019/11/a-l-ombre-des-tilleuls-ou-fleurissent-les-violettes-sarah-castillo-palayer.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2020/02/l-imprudence-du-chat-sarah-castillo-palayer.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2020/01/1476-sarah-castillo-palayer.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2020/03/le-salon-des-regrets-sarah-castillo-palayer.html

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Meurtres au Potager du Roy, Michèle Barrière

12 Novembre 2020 , Rédigé par Cécile Publié dans #Roman

   Ce roman historique va enchanter les amoureux du château de Versailles car il se passe dans ses jardins au temps de Louis XIV en 1683. Les carrés de légumes et fruits sont magnifiques, mais un jour les melons sont tous saccagés. Puis cette furie destructrice se propage à la ville de Paris : on ne trouve plus un seul melon ! C'est le fruit préféré du Roi Soleil et c'est donc une catastrophe. Un jardinier se trouve mêlé à cette histoire incompréhensible et il cherche le coupable. Au prix de nombreuses mésaventures, il comprend et démasque les responsables. Le roman nous raconte la vie à la cour, sous son côté brillant, mais aussi dans les coulisses que sont les cuisines. L'enquête nous emmène dans les quartiers parisiens où vivent des cuisiniers connus et des boutiquiers raffinés.
   Le livre se termine avec de nombreuses recettes de cuisine de l'époque tout à fait réalisables de nos jours avec nos bons légumes d'automne. Allez lecteurs et lectrices, à vos casseroles !

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Oscar et la dame rose, Eric-Emmanuel Schmitt

6 Novembre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman, #Développement personnel

   Eric-Emmanuel Schmitt nous offre un très beau conte philosophique.

   Oscar a dix ans. Il est en soins intensifs, en fin de vie. Grâce à Rose il va vivre ses derniers jours intensément, chacun comme dix années de vie. Magnifique ! A conseiller aux adultes et aux enfants !

   "- Et pourquoi est-ce j'écrirais à Dieu ? - Tu te sentirais moins seul. - Moins seul avec quelqu'un qui n'existe pas ? - Fais-le exister. Elle s'est penchée sur moi. - Chaque fois que tu croiras en lui, il existera un peu plus. Si tu persistes, il existera complètement. Alors, il te fera du bien. - Qu'est ce que je peux lui écrire ? - Livre lui tes pensées. Des pensées que tu ne dis pas, ce sont des pensées qui pèsent, qui s'incrustent, qui t'alourdissent, qui t'immobilisent, qui prennent la place des idées neuves et qui te pourrissent."

   "Avec Peggy Blue, on a beaucoup lu le Dictionnaire médical.  C'est son livre préféré. Elle est passionnée par les maladies et elle se demande lesquelles elle pourra avoir plus tard. Moi, j'ai regardé les mots qui m'intéressaient : "Vie", "Mort", "Foi", "Dieu". Tu me croiras si tu veux, ils n'y étaient pas ! Remarque ça prouve déjà que ce ne sont pas des maladies, ni la vie, ni la mort, ni la foi, ni toi. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Pourtant, dans un livre aussi sérieux, il devrait y avoir des réponses aux questions les plus sérieuses, non ?"

   "Cher Dieu, Merci d'être venu. [...] j'avais quatre-vingt dix ans et j'ai tourné la tête vers la fenêtre pour regarder la neige. Et là j'ai deviné que tu venais. C'était le matin. J'étais seul sur la Terre. Il était tellement tôt que les oiseaux dormaient encore, que même l'infirmière de nuit, Madame Ducru, avait dû piquer un roupillon, et toi tu essayais de fabriquer l'aube. Tu avais du mal mais tu insistais. Le ciel pâlissait. Tu gonflais les airs de blanc, de gris, de bleu, tu repoussais la nuit, tu ravivais le monde. Tu n'arrêtais pas. C'est là que j'ai compris la différence entre toi et nous : tu es le mec infatigable ! Celui qui ne se lasse pas. Et voilà du jour ! Et voilà de la nuit ! Et voilà le printemps ! Et voilà l'hiver ! Et voilà Peggy Blue ! Et voilà Oscar ! Et voilà Mamie-Rose ! Quelle santé ! J'ai compris que tu étais là. Que tu me disais ton secret : regarde chaque jour le monde comme si c'était la première fois. Alors j'ai suivi ton conseil et je me suis appliqué. La première fois. Je contemplais la lumière, les couleurs, les arbres, les oiseaux, les animaux. Je sentais l'air passer dans mes narines et me faire respirer. J'entendais les voix qui montaient dans le couloir comme dans la voûte d'une cathédrale. Je me trouvais vivant. Je frissonnais de pure joie. Le bonheur d'exister. J'étais émerveillé."

Du même auteur, deux lectures d'un même roman :

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2019/01/la-nuit-de-feu-eric-emmanuel-schmitt.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2020/09/la-nuit-de-feu-eric-emmanuel-schmitt.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2021/01/les-dix-enfants-que-madame-ming-n-a-jamais-eus.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2021/05/odette-toulemonde-et-autres-histoires-eric-emmanuel-schmitt.html

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La fête de l'insignifiance, Milan Kundera

2 Novembre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

   Il vaut mieux rire que pleurer. C'est le parti pris de Milan Kundera face aux régimes totalitaires, face aux difficultés de la vie, au chomâge, aux petits boulots nécessaires à des artistes qui préfèreraient être sur les planches. 

   Milan Kundera mêle tranches de vie d'une bande d'amis et conversation imaginaire de Staline avec son Politburo. 

   Un court roman qui fait réfléchir sur le ton de l'humour noir.

   "Le plaisir de la mystification devait nous protéger. Cela a d'ailleurs été notre stratégie à tous. Nous avons compris depuis longtemps qu'il n'était plus possible de renverser ce monde, ni de le remodeler, ni d'arrêter sa malheureuse course en avant. Il n'y avait qu'une résistance possible : ne pas le prendre au sérieux. Mais je constate que nos blagues on perdu leur pouvoir. Tu te forces à parler pakistanais pour t'égayer. En vain."

   "Puis, en baissant la voix, il ajouta : "Pourtant, je te comprends. Les plaisanteries sont devenues dangereuses. Mon Dieu, tu dois bien le savoir ! Souviens-toi de l'histoire des perdrix que Staline racontait à ses copains. Et souviens-toi de Khrouchtchev, qui hurlait dans les toilettes ! Lui, le grand héros de la vérité, qui crachait de mépris ! Cette scène était prophétique ! Elle ouvrait vraiment un temps nouveau. Le crépuscule des plaisanteries ! L'époque de l'après-blagues ! ""

   "Et Roman continua : "Ah la bonne-humeur ! Tu n'as jamais lu Hegel ? Bien sûr que non. Tu ne sais même pas qui c'est. Mais notre maître qui nous a inventés m'a forcé jadis à l'étudier. Dans sa réflexion sur le comique, Hegel dit que le vrai humour est impensable sans l'infinie bonne humeur, écoute bien, c'est ce qu'il dit en toutes lettres : "infinie bonne humeur"; "unendliche Wohlgemutheit". Pas la raillerie, pas la satire, pas le sarcasme. C'est seulement depuis les hauteurs de l'infinie bonne humeur que tu peux observer au-dessous de toi l'éternelle bêtise des hommes et en rire."

   "L'insignifiance, mon ami, c'est l'essence de l'existence. Elle est avec nous partout et toujours. Elle est présente même là où personne ne veut la voir : dans les horreurs, dans les luttes sanglantes, dans les pires malheurs. Cela exige souvent du courage pour la reconnaître dans des conditions aussi dramatiques et pour l'appeler par son nom. Mais il ne s'agit pas seulement de la reconnaître, il faut l'aimer, l'insignifiance, il faut apprendre à l'aimer. [...] Respirez, D'Ardelo, mon ami, respirez cette insignifiance que nous entoure, elle est la clé de la sagesse, elle est la clé de la bonne humeur ...""

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S'abandonner à vivre, Sylvain Tesson

23 Octobre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

   Recueil de nouvelles particulièrement bien ficelées. J'aime le style, l'humour, les références culturelles, littéraires et artistiques, et surtout les personnages et les paysages souvent russes. D'où peut-être mon attirance pour les histoires de S'abandonner à Vivre. Oui les Russes particulièrement savent accepter les situations de la vie, grâce peut-être à leur "pofigisme", cette "résignation joyeuse, désespérée face à ce qui advient", et ils savent aussi réagir.  

   Un bon moment de lecture avec un auteur, primé  régulièrement, Goncourt, Médicis, Renaudot. Je le découvre et j'aurai plaisir à le retrouver.

   Quelques extraits pour partager cette découverte :

"Je n'ai pas de téléphone portable car je trouve d'une insondable goujaterie d'appeler quelqu'un sans lui en demander préalablement l'autorisation par voie de courrier. Je refuse les réponses au "drelin" du premier venu. Les gens sont si empressés de briser nos silences. J'aime Degas, lançant : "C'est donc cela le téléphone ? On vous sonne et vous accourez comme un domestique." Les sonneries sectionnent le flux du temps, massacrent la pâte de la durée, hachent les journées, comme le couteau du cuisinier japonais le concombre."

"Garde tes forces, mon vieux, écoute le foisonnement de la neige, imprègne-toi de la beauté de la nuit sibérienne, elle est notre souveraine, elle nous enveloppe".

"je rêvais souvent d'écrire une Anatomie des foules russes, à la manière de Gustave le Bon.  Lorsque je rencontrai un Russe, je le rangeais dans l'une des cinq catégories sociomorphologiques auxquelles - pour le moment - aucun de mes interlocuteurs n'avait échappé. Artiste itinérant et persécuté : escogriffe à peau pâle, yeux délavés, gestes brusques, tient des propos inconséquents, cheveux filasse, conversation confuse plus proche du charabia dostoïevskien que de la tendresse tourguénievienne, intérêt marqué pour l'ésotérisme et toute forme de spiritualité - sauf coranique. Chasseur sanguin et boute en train : personnage gros, fort, peau tendue et traits roses, yeux bleus, cheveux drus, blonds et souvent ras, très énergique, bavard, voix forte, grand buveur, équivalent slave du tartarin provençal, vit en province ou dans un village, doué pour la combine et la mécanique, terrible sens pratique, indifférence abyssale pour l'art. Conspirateur raspoutinien neurasthénique :  type brun, phénotypes abkhazo-géorgien, petite taille, traits marqués par les tragédies, cachant sa morgue sous une barbe ou une moustache brune, silencieux et soumis d'apparence, héritier d'un passé complexe et trouble, idées politiques proche du nihilisme, mépris assez élégant pour la vie, a alimenté les rangs des penseurs blèmes et antitsaristes de la fin du XIXe siècle. Jeune fantassin enthousiaste casseur de fasciste : type musclé, beau, apollinien, sourire carnassier, nez très fin, visage viril, aurait pu servir de modèle pour les sculptures staliniennes ou de figurant dans une charge héroïque filmée par Eisenstein. Businessman enrichi par la chute de l'URSS : parasite qui doit sa prospérité au dépeçage de l'Union soviétique, individu flasque, blanc et gros cachant son manque d'éducation et sa crasse culturelle sous des vêtements lamentablement assortis, un amas de gadgets prétentieux et la satisfaction de soi-même, possède davantage de sens du kitsch que du beau, souvent moscovite, considère la nature comme un parc d'attraction et les bêtes sauvages comme des cibles pour le tir à la carabine." 

"- Dans le malheur certains maudissent le nom de Dieu et d'autres se précipitent vers Lui.  - Tout dépend de l'amour dont vous a comblé votre mère. - Votre mère? dis-je. - L'intensité pour la foi est inversement proportionnelle au degré d'affection reçue. Les enfants qui ont été trop choyés font de mauvais chrétiens. Les autres cherchent la chaleur dans la prière. Le père est une mère pour les mal-aimés ...".

"-Séraphim de Sarov, un saint russe. Un renonçant, reclus dans la forêt, pendant quinze ans, au siècle dernier. A la fin, le saint est devenu légèrement abruti : les ours venaient lui manger dans la main. La nuit, il se couchait contre le flanc des cerfs. Vous, vous avez saint François d'Assise, nous, nous avons Séraphim : des hommes qui ont tiré les conclusions de la vie en société et ont fini par préférer la conversation des bêtes." 

"- "Et c'est ainsi que, s'habituant à l'inhabituel, le peuple finit par accepter l'inacceptable ..." - C'est de qui ? dit Nastia. - Du Che, je crois, dit Youri, ou de Kropotkine, je ne sais plus." 

"Pour Nöel, il avait son plan. Et une journée à tuer. Les trottoirs de Riga étaient en glace, les femmes marchaient à pas précis, couvertes de fourrure. Toutes étaient d'une élégance déplacée à cette heure de la journée. Il était midi et les talons aiguilles perçaient la neige de milliers de trous, semblables aux poinçons laissés par les sabots des faons dans les allées sableuses des forêts d'Ile-de-France. Les Slaves, les Baltes, les Mordves savent marcher sur le verglas. En France, les gens glissent, se foulent le poignet et incriminent le gouvernement de n'avoir pas salé les routes."  

"Pofigisme n'a pas de traduction en français. Ce mot russe désigne une attitude face à l'absurdité du monde et à l'imprévisibilité des événements. Le pofigisme est une résignation joyeuse, désespérée face à ce qui advient. Les adeptes du pofigisme, écrasés par l'inéluctabilité des choses, ne comprennent pas que l'on s'agite dans l'existence. Pour eux, lutter à la manière des moucherons piégés dans une toile d'argiope est une erreur, pire, le signe de la vulgarité. Il accueillent les oscillations du destin sans chercher à en entraver l'élan. Ils s'abandonnent à vivre. Les Russes sont tous atteints à des degrés divers par cette torpeur métaphysique. Les Européens de l'Ouest, eux, ont oublié ce qu'ils doivent au stoïcisme, à Marc Aurèle, à Epictète. Ils méprisent ce penchant à l'inertie. Ils lui donnent le nom de fatalisme, font la moue devant la passivité slave et repartent vaquer à leurs occupations, les manches retroussées et les sourcils froncés. L'Europe de Schengen est peuplée de hamsters affairés qui, dans leur cage de plastique tournant sur elle-même, ont oublié les vertus de l'acceptation du sort." 

"Noël était la plus parfaite entreprise de détournement spirituel de l'histoire de l'humanité. On avait transformé la célébration de la naissance d'un anarchiste égalitariste en un ensevelissement des êtres sous des tombereaux de cadeaux."

 

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