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Journal d'un amour perdu, Eric-Emmanuel Schmitt

23 Janvier 2022 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

   Eric-Emmanuel Schmitt a perdu sa mère, celle qui l'accompagne depuis toujours, le soutient, à qui il se confie, avec laquelle il partage tout. 

   Dans ce journal l'auteur se confie, raconte leur relation et comment il survit à cette disparition soudaine. L'écriture lui permet prendre le chemin du deuil.

   Les lecteurs qui ont perdu un être cher retrouveront les émotions qu'ils ont traversées et quelques mots apaisants pour soigner leurs blessures.

   Merci à Eric-Emmanuel Schmitt pour ce partage intime et cette aide bienvenue.

   "Une mort brusque offre du miel à celui qui se retire, un poison à ceux qui restent. Si elle économise le calvaire à la personne frappée, elle laisse ses proches choqués, hésitants, éberlués, engourdis. Peinant à y croire, ils apprivoisent mal l'idée de cette annihilation, ils échouent à enregistrer la réalité du rien. A l'inverse, l'agonie a été conçue pour les vivants, pas pour le mourant. Si elle tourmente le patient, elle somme la famille d'accepter la mort, parfois même de l'appeler de ses vœux."

   "Les larmes ne font pas partir le chagrin."

   "Laissons les souvenirs apaiser la douleur ! Laissons les souvenirs aviver la douleur..."

   "Ma mère ne me voulait pas seulement en vie, elle me voulait heureux. Envers elle, j'ai un devoir de bonheur. Elle n'aurait pas toléré l'état dans lequel j'ai croupi ces derniers mois et je saisis que ce devoir de bonheur vaut après sa mort."

   "Bêtise de la tristesse : elle ne signale que ce qui nous manque. Doigt pointé sur l'absence, elle indique ce qui n'est plus. Une obsédée du néant.

Intelligence de la joie : elle nous désigne ce qui est. Les yeux ouverts, elle s'étonne d'être et d'avoir ce qu'elle a. Une émerveillée. 

Pour la tristesse, le monde est vide ; pour la joie, il est plein. 

Tristesse une sale gosse qui dénigre.

Joie, une fillette qui admire.

Tristesse la grimace qui nie.

Joie le sourire qui célèbre."

   "Les sentiments vont par deux, comme l'ombre et la lumière. Il n'y a pas de sentiments célibataires, tous vivent en couple. En ce moment, ma Tristesse cuisine son repas à ma Joie. Ma Nostalgie a invité ma Gaieté à danser pour célébrer le bon vieux temps mais ma Gaieté compte bien l'étourdir. La Foi et le Doute font un voyage de noces au désert. Bras dessus bras dessous, la Confiance et l'Angoisse se promènent dans la nuit étoilée ; quand l'une se tord la cheville, l'autre la soutient. L’insouciance offre un bouquet à l'Inquiétude, et l'on prétend même que le Désespoir a demandé l'Espérance en mariage.

Notre sottise consiste à les séparer. Ne garder que l'Espoir. Supprimer la Tristesse. Mettre le Doute au cachot. Mais sans le Doute, la Foi devient intolérante, puis violente, puis meurtrière. Mais sans la Tristesse, la Joie se connaît si peu qu'elle s'ignore ou se délite. Mais sans le Désespoir, l'Espoir vire à la bêtise. Ne souhaitons pas leur divorce. Tâchons plutôt de trouver notre place au milieu de ces tensions."

Du même auteur

 http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2019/01/la-nuit-de-feu-eric-emmanuel-schmitt.html

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