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Plus tard, je serai un enfant, Eric-Emmanuel Schmitt entretiens avec Catherine Lalanne

7 Octobre 2021 , Rédigé par Estelle Publié dans #Essais

Voici un très beau témoignage tout en pudeur où Eric-Emmanuel Schmitt se dévoile sous la plume délicate de Catherine Lalanne.

Une enfance lyonnaise sur les hauteurs de Fourvière a forgé son sens de l’observation, de l’émerveillement et de la contemplation. 

Une maman aimante, une sœur complice, un père exigeant, un grand-père artisan et passionné, bref une famille soudée où il peut grandir épaulé et développer sa créativité ainsi que son sens de l’effort.  

Croire en soi, oser, se faire confiance et vivre joyeux en réalisant ses rêves comme un enfant tel est le programme qu’Eric-Emmanuel Schmitt met en pratique, en étant tour à tour écrivain de romans, de pièces de théâtre ou d’essais philosophiques, réalisateur et acteur. Il est aujourd’hui membre de l'académie Goncourt et a même racheté le théâtre Rive Gauche rue de la Gaité, un nom de rue prédestiné pour un homme attachant.

A lire en écoutant Mozart et notamment l’Ave Verum Corpus.

Découvrez ses autres écrits sur le blog :

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2019/01/la-nuit-de-feu-eric-emmanuel-schmitt.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2020/09/la-nuit-de-feu-eric-emmanuel-schmitt.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2021/05/odette-toulemonde-et-autres-histoires-eric-emmanuel-schmitt.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2020/11/oscar-et-la-dame-rose-eric-emmanuel-schmitt.html

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2021/01/les-dix-enfants-que-madame-ming-n-a-jamais-eus.html

“Toujours en mon adultie, j’ai tenté de tenir les promesses formulées à l'aube de ma destinée ; chaque fois que j’y suis arrivé - narrer, jouer de la musique, monter sur scène, réaliser des films -, j’ai éprouvé un plaisir tonique, fait d’ivresse, d’orgueil, de jubilation, auquel s’ajoutait une colère contre le temps perdu. Quelle endurance ont les rêves ! Tant périssent dans les allées des cimetières bordant notre existence que nous devrions les soigner, les considérer et leur octroyer la place d’ambitions essentielles. Fréquemment j’ai noté que la fonction d’adulte m’égarait, me confinait à des tâches périphériques, détournait mon ardeur sur des buts douteux : obtenir des diplômes, décrocher des prix, gagner de l’argent, épingler les honneurs. Un enfant ne prend pas de telles futilités au sérieux !”

“La vieillesse possède à mes yeux une deuxième qualité : la fragilité. Comme l’enfance, elle s’avoue vulnérable, et, par là même intelligente. Rien ne rend plus sot que l’illusion de la force, l’illusion de la puissance, l’illusion de savoir.”

“Mozart accompagne ma vie dont il est à la fois le magicien - il me signale la poésie des êtres - et le guide spirituel - il m’initie à une sagesse heureuse. Quel professeur de tendresse ! Jusqu’à mon souffle ultime, je n’aurai de cesse de le remercier. Par attachement à lui, à l'existence et à mes prochains, j’essaie de le rendre le plus contagieux possible. […] Mon but s’avoue autant existentiel que culturel. introduire à Mozart, certes, mais surtout guérir par Mozart, réconforter par Mozart, convertir à la joie par Mozart. L'art nous aide à vivre.” 

“Deuils, maladies, trahisons, fautes, injustices… Ma joie spontanée, les événements l’ont attaquée, secouée, corrompue. Or la moribonde a résisté. Mieux, elle s’est affermie. De naturelle, ma joie est devenue volontaire : je la soigne, je la nourris, je la cultive. [...] La vraie joie est ce qui demeure quand on a pressé le jus du malheur. Pour ne pas crever des douleurs du deuil ou de l’agonie, j’ai dû approfondir mon aptitude à l’enchantement, accroître ma fermeté face à l’adversité. ”  

“Oui, je suis optimiste parce que c’est l’unique pari logique que mon esprit a repéré : si le destin me prouve que j’ai eu raison d’avoir confiance, j’aurai gagné ; et si le sort me prouve que j’ai eu tort, je n’aurai rien perdu, mais j’aurai eu une meilleure vie, plus utile, plus généreuse.” 

“A 40 ans, j’ai découvert l’esprit d’enfance. Qu’est-ce ? Le sens de l’étonnement, la curiosité, l’appétit, l’enthousiasme, le goût du jeu, l’humilité, la modestie, la confiance dans l’inconnu, ces qualités dont nous jouissons avant de les abîmer ou les égarer. Sans rebrousser chemin, il faut les récupérer. Aujourd’hui, je me force à lutter contre l’illusion de savoir. J’ai la passion du nouveau. Je refuse la fatigue de vivre. Je proscris le sentiment de déjà-vu ou de déjà-entendu. Je casse toute habitude. J’entends cultiver la fraîcheur, la saveur de la première fois, la naïveté éternelle.

L’art m’y aide. Quand j’admire un tableau ou que j’écoute une musique, je deviens vierge, neuf, j’assiste à une épiphanie. L’aube scintille.”

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