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La diagonale du vide, Pierre Péju

14 Septembre 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

   Voici une révélation. Je découvre Pierre Péju et son style poétique et émouvant.

   Marc Travenne vient de perdre son associé et meilleur ami. Il va embarquer pour un nouveau voyage d'affaires. Et puis, non. Il se retourne et décide de tout laisser tomber. S'en suit une quête d'identité sur la diagonale du vide, cette diagonale de la France des coins paumés et beaux, même en hiver. Marc croise Marion dans une auberge de randonneurs. Elle s'en va, après quelques heures partagées sur la route, pour suivre sa diagonale à elle. Il la laisse s'éloigner puis le lendemain part à sa recherche. 

    Une rencontre improbable, une histoire rebondissante, haletante, qui mène jusqu'à la vallée afghane de Bamiyan et ses Bouddhas. 

   J'ai déjà hâte de lire mon prochain Pierre Péju.

Quelques extraits :

   "Je me souviens, cette année-là, au milieu de l'hiver, debout derrière la baie vitrée de la salle d'embarquement, les yeux noyés dans une aurore verte et rose où un avion décollait toutes les minutes, j'ai décidé de tout arrêter."

   "Le premier jour, je n'ai fait que contempler la fenêtre de ma chambre, rectangle blanc, couvert de buée, auquel je pouvais substituer, d'un mouvement tournant de la main dans l'humidité ruisselante, une aquarelle abstraite composée de plusieurs gris bleutés, de verts éteints, de bruns, de roux et de jaune paille que le givre décolorait encore. A force de le fixer, j'y découvrais d'autres scènes :  patineurs sur un lac gelé, voyageurs approchant d'une ville sous un ciel menaçant. Je voyais des rois, des lions, des suppliciés. Un tableau toujours changeant qui me comblait. Fenêtre magique."

  " "Vous dîtes que vous attendez quelqu'un... Ce n'est pas toujours facile d'attendre, n'est-ce pas? On ne sait jamais très bien qui on attend, ni ce qu'on attend. On ne sait surtout pas qui va arriver ! Ni, bien sûr, ce qui va arriver ! Mais bon ..."

   "L'amour, l'école, et un endroit sur la terre. J'en étais certain. Les vitres et les salles de classe reflétaient une ancienne lumière. J'ai pensé très fort qu'une aventure de ce genre avait eu lieu, ici. Deux êtres qui se rencontrent, se découvrent, se conviennent et s'aiment. Deux êtres qui adhèrent pleinement à ce qui leur arrive. La magie du moment voulu. L'inverse des occasions manquées."

   "Brutalement, l'hiver a pris fin. On a souvent l'impression, à partir de petites sensations - soirées plus fraîches, fruits trop mûrs, ombres plus bleues, premières feuilles brunes arrachées par le vent qui se recroquevillent dans les angles morts -, que l'été, à peine commencé, est déjà en train de finir. Mais, à l'inverse, il semble généralement que l'hiver ne finira jamais, qu'on est définitivement cerné par l'humidité glacée, engoncé dans des épaisseurs de laine, voué aux nuits interminables, aux journées trop courtes, à une pénible et fatale frilosité du corps et de l'âme."   

   " "Passer à l'écart, se manquer de peu, partir sur un coup de tête, s'en remettre aux rencontres : les petites briques du destin. "

   "Je me souviens, un soir, vers la fin de l'été, l'obscurité ne parvenant pas à triompher de cette lueur indéfiniment déclinante qui faisait se succéder toutes les nuances de rose, mauve, bleu au-dessus des collines proches et lointaines déjà noyées dans le noir, Marion, venant du jardin, a remonté les marches du perron, avec lenteur, hésitation et peut-être regret, comme un élève qui, le dernier jour de classe de la dernière année d'école, ressent, derrière sa joie d'en avoir fini, un petit pincement de nostalgie tandis que son regard s'attarde sur des détails auxquels il n'avait jamais prêté attention."  

    

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