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La Pitié dangereuse, Stefan Zweig

30 Mai 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

  Oui, la pitié peut être terriblement dangereuse, elle peut nous entraîner sur des chemins douloureux contre notre volonté. 

   C'est ce que va expérimenter, pas à pas, sans presque sans rendre compte, Anton Hofmiller, dans sa relation avec Edith de Kekesfalva. A l'aube de la Première Guerre mondiale, le lieutenant Hofmiller, de condition modeste, est l'un des officiers d'une garnison de cavalerie d'une petite bourgade proche de Vienne. Sa vie quelconque se déroule sans heurts au service de l'armée. Jusqu'à cette fête donnée par le châtelain de Kekesfalva au printemps 1914 où le lieutenant commet une gaffe qu'il va souhaiter réparer. 

   La Pitié dangereuse, paru en 1939 et écrit à Londresest le seul roman achevé de Stefan Zweig, que l'on connaît surtout par ses nouvelles, pour les profils incisifs et physiologiques de ses personnages. 

   "Il y a deux sortes de pitiés. L'une, molle et sentimentale, qui n'est en réalité que de l'impatience du coeur de se débarrasser le plus vite de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d'autrui, qui n'est pas du tout la compassion, mais un mouvement instinctif de défense de l'âme contre la souffrance étrangère. Et l'autre, la seule qui compte, la pitié non sentimentale mais créatrice, qui sait ce qu'elle veut et est décidée à persévérer jusqu'à l'extrême limite des forces humaines."

   "A peine eûmes-nous franchi la porte qu'involontairement le docteur Condor et moi nous restâmes immobiles sur la plus haute marche du perron, devant l'aspect étonnant du jardin qui s'étendait à l'entrée de la villa. Pendant les heures que nous venions de passer à l'intérieur il n'était venu à l'esprit d'aucun de nous de regarder au dehors, et maintenant un changement complet nous attendait. Dans le ciel étoilé la pleine lune géante avait un éclat extraordinaire, et, tandis que l'air chauffé par le soleil du jour nous enveloppait d'une chaleur estivale, ses rayons aveuglants répandaient sur le monde une sorte d'hiver magique. Entre les arbres taillés droit et dont l'ombre flanquaient l'allée le gravier semblait de la neige fraîchement tombée. Miroitants dans la lumière comme du verre et dans l'obscurité comme de l'acajou, les arbres paraissaient plongés dans un engourdissement absolu. Jamais encore je n'ai vu la lune donner aux choses un aspect spectral que dans le calme et l'immobilité de ce parc submergé par les flots de cette froide lumière. L'enchantement était tel que nous descendîmes d'un pas hésitant l'escalier qui nous semblait être de glace."

   Du même auteur, sur le blog

http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2018/09/le-voyage-dans-le-passe-stefan-zweig.html

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http://partageonsnoslectures.over-blog.com/2018/08/la-ruelle-au-clair-de-lune-stefan-zweig.html

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