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Bakhita, Véronique Olmi

29 Mars 2020 , Rédigé par Estelle Publié dans #Roman

   C'est une petite fille, qui joue nue dans son village au Darfour, au milieu des siens, de ses amies, aimée tendrement de sa mère et de son père. La vie s'écoule tranquillement, sereinement, jusqu'à l'attaque par les négriers et l'enlèvement de sa soeur. Sa mère a perçu le drame, elle a abandonné la petite fille au milieu des flammes et des cris, à la recherche de la soeur aînée qui a disparu. Elle est inconsolable.  Quelques temps plus tard, la petite fille est enlevée à son tour. Elle va passer de mains en mains, d'horreurs en horreurs, avec la volonté de vivre chevillée au corps et l'envie de sauver ses compagnes de misère sans y parvenir. Une vie en esclavage, d'épreuves du corps et de l'esprit, de séparations, où la terreur est si forte qu'elle en oubliera jusque son nom. Puis vient enfin l'accalmie; Bakhita rencontre Dieu en Italie et décide de se faire religieuse contre la volonté de sa maîtresse. L'Italie de Mussolini volera, son histoire à des fins de propagande, la plongeant à nouveau malgré elle dans de son passé.

   Un livre époustouflant, un cri de vérité sur la vie de celle que Jean-Paul II déclarera patronne du Soudan en 1995, avant de la canoniser, Sainte Joséphine, en 2000.

   "Bakhita a ouvert la porte et pris le bras de Giulia. Le couvent était silencieux, elles ont marché lentement le long du couloir aux rideaux pâlis par le soleil, contre lesquels on entendait bourdonner des mouches et des guêpes prises au piège de leurs plis. Bakhita s'est arrêtée pour reprendre son souffle, a demandé à Giulia d'ouvrir la fenêtre. L'air était brûlant, et c'était comme si au lieu d'avoir le visage au dehors, elles venaient d'entrer dans une pièce surchauffée.
- Regarde, c'est Milan. C'est beau.
- Oui, Madre.
- Pourtant les hommes se cachent. Tu vois.
   Giulia a regardé longtemps, mais elles étaient bien trop loin de Milan pour y distinguer autre chose que les flèches de la cathédrale, les toits enchevêtrés et les terrasses de la ville.
- Pardon Madre, mais je ne vois rien.
Bakhita s'est tournée vers elle.
- C'est parce qu'ils sont bien cachés.
Elle a souri comme si elle venait de faire une blague, mais ça n'en était pas une. Elle a posé une main sur le coeur de Giulia.
-C'est là que les hommes se cachent. Dans la force. Dis-le à Elvira. La force."

   "Tous ces hommes qui ne savent plus où vivre ni comment vivre, vont-ils rejoindre le grand mouvement des armées? Il faut prier pour les hommes qui veulent se battre et ne veulent pas mourir, qui veulent être uniques et porter des uniformes. Elle voudrait leur dire comme la vie est rapide, ce n'est qu'une flèche, brûlante et fine, la vie est un seul rassemblement, furieux et miraculeux, on vit on aime et on perd ceux que l'on aime, alors on aime à nouveau et c'est toujours la même personne que l'on cherche à travers toutes les autres. Il n'y a qu'un seul amour. Une seule hostie partagée. Un seul pain multiplié. Elle voudrait leur dire, mais avec son mélange et sa timidité, qui la comprendrait?"

Pour aller plus loin :  

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9phine_Bakhita

https://www.youtube.com/watch?edufilter=NULL&v=6A_EdcyHNbA

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